L’Open banking en France en 2021

Pandaloc utilise l’Open banking pour l’une des certifications Pandaloc. Mais au fait, qu’est ce que c’est l’Open banking ?

Je vous propose de faire le point sur cette petite révolution qui va secouer la façon de consommer des services bancaires. Dans cet article nous allons répondre à ces questions :

Qu’est ce que l’Open banking et pourquoi vous devriez vous y intéresser, comme 99% des français qui sont clients d’une banque ?

✅ Comment l’Open banking s’installe dans notre vie quotidienne, au delà des applications historiques Bankin et Linxo, et le rôle des « AISP » dans cette transformation ?

Comment ça marche techniquement pour savoir de quoi on parle si vous entendez API, web scrapping… ?

✅ De quelle façon Pandaloc utilise l’Open banking et quel AISP avons-nous choisi ?

On y va.

L’Open banking, qu’est ce que c’est ? 🔦

L’ouverture des données bancaires

Le point de départ de l’Open banking, c’est d’affirmer que les données bancaires sont des données personnelles. Elles appartiennent au client et non à sa banque. Donc la banque doit ouvrir ces données.

Vous n’y aviez peut-être jamais pensé, mais les banques accumulent énormément de données sur leurs clients, c’est-à-dire sur vous. Chaque transaction bancaire est une mine d’informations : elle raconte comment vous avez dépensé votre argent, où, quand, combien, chez quel commerçant…

Et vous pouvez multiplier cela par des volumes énormes. En France, il y a 50 millions de transactions bancaires PAR JOUR. Bref votre banque peut reconstituer toute votre vie encore mieux qu’en stalkant vos réseaux sociaux.

Ce serait vraiment injuste que votre banque garde toutes ces données, vos données, pour elle seule ; ou pire qu’elle les vende à des professionnels du marketing. Vous seriez ciblés selon vos habitudes de consommation sans avoir sollicité ces publicités ni en tirer un bénéfice.

Vos données bancaires vous appartiennent, c’est vous qui décidez si vous permettez à des entreprises de les utiliser (ou pas). Et bien sûr, si vous partagez vos données avec une entreprise, vous attendez en retour un bénéfice !

Ainsi, de nouveaux services proposent aux clients des banques de partager leurs données bancaires pour leur proposer en échanges des services innovants.

Par exemple, on voit un foisonnement d’applications qui aident à gérer son budget au quotidien en analysant les données bancaires comme Bankin, Linxo et le projet très ambitieux Budget Grande Vitesse de l’association Cresus qui lutte contre le surendettement.

Pour que ces innovations fonctionnent, elles doivent pouvoir accéder aux données bancaires. Celles-ci doivent donc être ouvertes, d’où le terme Open banking.

⭐️ Donc en résumé. L’Open banking, c’est l’ouverture des données bancaires pour permettre aux clients des banques de reprendre la main sur leurs données bancaires afin de pouvoir utiliser des services innovants en dehors de leur banque classique.

La DSP2

Evidemment, vous imaginez bien que les banques n’ont pas vu l’arrivée de l’Open banking d’un très bon oeil ! Elles auraient sans doute préféré garder les données de leurs clients pour elles toutes seules. A minima, l’Open banking va apporter plus de transparence au consommateur et faciliter la concurrence bancaire. Par exemple, vous pourrez beaucoup plus facilement comparer votre crédit en cours avec ce que propose une autre banque et migrer.

Pour que ce mouvement ne soit pas freiné, l’Union Européenne a joué son rôle en faveur de la protection des consommateurs et de l’innovation. La commission a édicté une norme européenne, la Directive sur les Services de Paiement n°2 (DSP2) en 2015, qui autorise l’Open Banking et le régule.

L’Open banking dans notre vie quotidienne 📱

Bankin, le coach budgétaire de référence

Bankin est une application qui vous permet de piloter votre budget au quotidien depuis une application mobile.

L’application existe depuis 2011. Elle a été téléchargée des millions de fois. Elle est très bien conçue et Bankin a gagné de nombreux prix grâce à son interface très agréable à utiliser. Par exemple, à l’heure où j’écris cet article, l’appli Bankin a une note de 4,7 sur plus de 60 000 notes sur l’App store. C’est vraiment un très beau succès.

Bankin est gratuit, et offre plein de fonctionnalités intéressantes comme de prévoir son découvert de fin de mois 😬.

Il est possible de prendre des abonnements premium pour avoir accès à plus des fonctionnalités.

Bankin Plus à 2,49 € par mois vous permet de personnaliser l’application en créant vos propres catégories de dépenses par exemple. Il faut vraiment être un gros utilisateur de l’appli pour en avoir besoin.

Bankin Pro à 8,33 € par mois vise les professionnels qui souhaitent avoir une vision sur leurs comptes pro meilleure que leur banqu en ligne classique. Depuis quelques années, il y a des acteurs bancaires spécialisés sur les professionnels comme Qonto ou Shine. Ils offrent aux aussi de magnifiques interfaces avec des fonctionnalités intéressantes pour faire sa compta. Donc Bankin Pro s’adresse plutôt à ceux qui restent scotchés à leur banque pro classique.

A noter que le groupe Casino a investi 20 millions d’euros dans Bankin en 2019. On ne sait pas quelle est l’importance de Casino dans le capital de la société à l’issu de cet investissement, c’est confidentiel. Mais on peut imaginer que Casino a une part importante. Comme Casino est aussi une banque (avec Banque Casino), peux-t-on encore dire que Bankin est un acteur indépendant des banques ? 🤔

Linxo, l’autre coach budgétaire

Linxo est, comme Bankin, une application qui vous permet de piloter votre budget depuis une application mobile.

L’application existe depuis 2010. Elle a été téléchargée des millions de fois. Elle a de très bonnes notes sur les stores. Par exemple, à l’heure où j’écris cet article, l’appli Linxo a une note de 4,4 sur plus de 9 000 notes sur l’App store. C’est un peu moins que Bankin mais cela reste très bien et sur un nombre élevé d’avis.

Comme Bankin, Linxo est gratuit. Vous pouvez souscrire une formule premium. Pour 5,99 € par mois, vous aurez des fonctionnalités avancées. Mais pour en avoir besoin, il faut vraiment être un utilisateur chevronné et pointu.

Au delà des coachs budgétaires

L’Open banking est en train de s’installer dans notre vie quotidienne au delà des applications de gestion budgétaire où il est né.

Les cas d’usage sont nombreux, voici quelques exemples :

✅ L’établissement de crédit Younited Credit propose à ses clients de simplifier leur demande de crédit en ligne en connectant leur compte bancaire via l’Open banking plutôt que d’envoyer des pièces justificatives.

✅ Le cabinet KPMG connecte les comptes bancaires de ses clients à ses outils comptables pour automatiser les traitements et établir plus rapidement les documents financiers.

✅ L’application Greenly propose de connecter votre compte bancaire pour calculer votre bilan carbone 🌍🌳 en fonction de vos dépenses.

Techniquement, comment ça marche ? 🧑‍💻

Hier : le web scrapping

Au début, lorsque l’Open banking n’était pas régulé par l’Union Européenne, les banques n’ouvraient pas les données bancaires de leurs clients. Point.

Les services tiers qui voulaient accéder aux données devaient utiliser une technique un peu pirate, appelée web scrapping. Vous donnez vos identifiants bancaires à un robot et celui-ci va lire la page web de votre banque en ligne et en extraire les données.

Littéralement web scraping signifie “racler le web” comme on raclerait le fond d’un plat. Cette technique est utilisée par beaucoup de sites. Plus de la moitié du trafic internet est généré par des robots.

Mais clairement, cette technique n’est pas la panacée pour récupérer des données bancaires.

❌ Si la page web change, le robot est perdu, il faut le reprogrammer et le service est interrompu pendant ce temps.

❌ Il faut donner ses accès bancaires à un service tiers. Le client se met en défaut des conditions générales de sa banque qui interdisent cela.

Pour le dire brutalement, le web scrapping est une pratique un peu pirate, et elle est insécurisante.

Demain : les API

Avec la directive européenne DSP2, les choses ont changé. Les banques sont désormais obligées d’ouvrir leur données en créant des portes dans leur système informatique pour permettre à des applications tierces d’y accéder.

Ces portes, ce sont des API. Elles permettent de faire discuter le système informatique de la banque et l’application tierce choisie par le consommateur pour accéder à ses données bancaires.

Il n’y a que des avantages :

✅ Le client ne donne jamais ses accès bancaires à quelqu’un d’autre qu’à sa banque.

✅ Comme ces API ont été développées par les banques elles-même, tout est totalement sécurisé.

✅ Les entreprises qui proposent ce genre de service doivent être agréées “prestataires d’information sur les comptes » (en anglais AISP : Account Information Service Provider) par un organisme de la Banque de France qui s’appelle l’ACPR. C’est un gage de sérieux et de respect des normes, notamment en terme de sécurité des données.

✅ Cerise sur le gâteau, si le client utilise l’application mobile de sa banque, le parcours client est vraiment fantastique. Testez le.

Grâce à cette méthode pratique et sécurisée pour le consommateur, on est vraiment à l’aube d’une petite révolution dans l’Open banking 🔥

Les AISP, qui sont-ils ? 🙋

Les acteurs français 🇫🇷

Bankin et Linxo ont décidé de vendre leur technologie aux entreprises qui souhaitent utiliser l’Open banking. Comme leur technologie a été testée et approuvée par des millions d’utilisateurs satisfaits de leur appli, c’est vraiment une bonne idée de leur part. Bankin a créé une filiale qui s’appelle Bridge et Linxo une filiale qui s’appelle Oxlin pour commercialiser cette technologie.

3ème acteur français, Budget Insight est un acteur original dans le paysage. C’est une entreprise française née en 2012. L’entreprise se concentre sur le développement de la technologie Open banking pour la vendre à d’autres entreprises. A l’inverse de Bankin et Linxo, ils n’ont pas vraiment d’application grand public. Vous trouverez l’application Budgea sur les stores, mais c’est plutôt un démonstrateur de leur technologie, son ergonomie n’est pas au top et elle est peu téléchargée.

Un match planétaire 🤼

Ça c’est en France, où nous pouvons nous féliciter d’avoir des entrepreneurs qui ont été des pionniers de la pratique de l’Open banking 🇫🇷

Aujourd’hui, le jeu est en train de changer d’échelle avec des champions mondiaux de l’Open banking. Comme souvent en matière de technologie, il y a un champion américain et un champion européen.

Le champion américain, c’est Plaid 🇺🇸
L’entreprise a été achetée par Visa pour 5,3 milliards de dollars.

Le champion européen, c’est Tink 🇪🇺
Tink est une entreprise d’origine suédoise. Ils ont levé plus de 100 millions de $ la semaine dernière. C’est désormais une belle PME de 400 personnes avec un bureau à Paris. PayPal a également investi 10 millions d’euros dans Tink l’an passé.

Donc attention, il y a des joueurs avec de grosses mises autour de la table. Je vous disais que nous étions à l’aube d’une petite révolution.

Contrairement à l’habitude, il est possible que cette fois-ci, le champion européen Tink gagne la partie. L’Europe est un magnifique marché pour Tink. La régulation de la DSP2 est un accélérateur. Elle crée un standard de marché et elle sécurise les clients.

La technologie Open banking aujourd’hui : quel bilan en 2020 ? ⚖️

La technologie Open banking de ces acteurs, c’est une plateforme avec des “connecteurs” bancaires. Chaque connecteur permet de se brancher à une banque.

Il y a énormément de banques au delà des grandes banques classiques que tout le monde connaît. En plus des BNP, Société Générale, Banque Populaire et autre Crédit Agricole, il existe aussi des établissements comme Boursorama, N26, Compte Nickel, Banque Palatine, Milleis Banque, Banque Carrefour, Cofidis, etc etc etc.

Du coup, les plateformes de Budget Insight, Bridge et Oxlin comptent environ 300 connecteurs.

J’arrondis car personnellement, je pense qu’il ne faut pas s’attacher à savoir “qui a le plus gros chiffre”.

L’ajout d’une petite banque a une valeur marginale par rapport à la valeur de leur plateforme. Une toute petite banque représente en général peu de clients. De plus, les clients utilisent souvent les comptes de petites banques comme un compte secondaire, et non pas comme leur compte principal. Bref ce connecteur sera utilisé par très peu de clients et les données seront moins intéressantes.

Il est important de noter que ces connecteurs ne sont pas tous égaux.

Certains connecteurs sont à base d’API. Ils utilisent l’API de la banque pour se connecter au compte bancaire et récupérer les données. Comme on l’a dit avant, c’est vraiment la bonne façon de faire, c’est propre, c’est sécurisé, c’est simple et rassurant pour le client.

Le hic, c’est que beaucoup de banques françaises ne sont pas en conformité avec leur obligation de développer ces API. Il y a sans doute une part de difficultés informatiques ; les systèmes informatiques des banques sont obsolètes et les développements informatiques sont toujours un cauchemar pour elles. La crise du Covid a sans doute empiré les choses 🤦. Mais il y a aussi une guéguerre entre les AISP et les banques. N’oubliez pas, certaines banques n’ont pas vu d’un bon oeil l’arrivée de l’Open banking.

Du coup, les plateformes de Budget Insight, Bridge et Bankin continuent d’utiliser des connecteurs ancienne génération, basés sur la technique du web scrapping. Pas le choix, à la guerre comme à la guerre. Mais comme on l’a dit, ce n’est pas idéal pour le consommateur.

L’application Peaks, qui aide à gérer son budget, a par exemple annoncé il y a 3 jours renoncer à se lancer en France à cause du manque de disponibilité d’API.

L’Open banking chez Pandaloc ♟

Pandaloc utilise l’Open banking pour certifier les revenus et le sérieux budgétaire du locataire. Lorsqu’il dépose son dossier de location, le locataire connecte son compte bancaire.

Il y a un intérêt mutuel pour le propriétaire et le locataire :

✅ Pour le propriétaire, c’est la certitude que l’analyse du dossier est basée sur des données réelles. Avant Pandaloc, les dossiers parfaits étaient ceux qui avaient le plus de chance d’être truqués !

✅ Pour le locataire, c’est un gain de temps énorme. Il suffit de se connecter à sa banque en ligne, et woush. Et cela permet de mettre en avant son dossier et sa solidité financière même si on ne rentre pas dans les cases classiques. Les jeunes actifs qui sont encore en période d’essai, les freelances, les professions libérales sont au même niveau qu’un CDI en place depuis des années.

Notre choix : Tink

Pour mettre en place l’Open banking chez Pandaloc, nous avons choisi d’utiliser la solution de Tink.

En quelques mots : c’est un pari sur l’avenir.

Techniquement, la plateforme Tink est vraiment très bien construite et très bien documentée. Il y a un mode libre-service pour débuter. C’est un vrai bonheur pour nos développeurs qui ont pu aller vite, très très vite.

Certains AISP français ont également une plateforme au top niveau, mais certains continuent de fonctionner avec des projets ad hoc par client. Je ne donnerai pas de noms ici 😇. Résultat : c’est beaucoup plus long et plus cher car dans ce cas vos développeurs passent plus du temps. L’AISP aussi passe du temps donc vous devez souvent lui payer des frais de setup aussi. Je recommande de fuir ce modèle, très peu adapté à l’innovation.

Tink est encore indépendant. Les AISP français sont de plus en plus contrôlés par les banques traditionnelles. Bankin a Casino à bord. Linxo a Arkea et le Crédit Agricole. Budget Insight a été acheté par Arkea. Il y a un vrai risque que cela soit un frein à l’innovation à l’avenir.

Tink est un géant européen mais ils sont récents sur le marché France. Ils n’ont donc jamais développé de connecteur « ancienne génération » à base de web scrapping pour les banques françaises. Leurs connecteurs sont API ou rien.

✅ Avantages : nous utilisons une plateforme qui fonctionne déjà comme tout le monde devrait fonctionner.. Nous évitons l’entre-deux inconfortable de devoir justifier le web-scrapping à nos clients en attendant que toutes les APIs bancaires soient prêtes. Nous nous positionnons tout de suite au top de la sécurité et de la conformité pour nos clients.

❌ Inconvénients : la plateforme compte moins de connecteurs. Donc nous démarrons avec une liste de banques un peu plus réduire, et nous devons attendre que les banques se mettent en conformité.

En conclusion

Ce choix est forcément discutable, il comporte sa part d’avantages et d’inconvénients. Il convient merveilleusement bien à une startup qui se lance et parie sur l’avenir. Une autre entreprise, dans une autre situation, aurait sans doute pris un chemin différent. De notre côté, nous sommes ravis de notre décision et de pouvoir l’expliquer.

Si vous avez un projet Open banking, n’hésitez pas à nous contacter, nous serions ravis de partager notre expérience avec vous. La discussion est ouverte dans les commentaires. Vous pouvez aussi me contacter sur Linkedin ou me suivre sur Twitter.

Laisser un commentaire